Les vers chez le cheval : comprendre et bien vermifuger
Grands strongles, petits strongles, ascaris, ténias, gastérophiles : le tube digestif du cheval est un terrain de prédilection pour de nombreux parasites internes. Une infestation mal contrôlée se traduit par un poil terne, un amaigrissement, des coliques à répétition, voire des lésions irréversibles des vaisseaux ou de l'intestin chez le jeune cheval.
Reconnaître les signes d'une infestation
Un cheval parasité ne montre pas toujours de symptômes spectaculaires. Les indices les plus fréquents sont un état général qui se dégrade malgré une ration correcte, un ventre légèrement ballonné, une queue frottée contre les murs (oxyures) ou de petits grains jaunes collés aux membres à la fin de l'été, signature des œufs de gastérophiles.
Le réflexe le plus utile reste la coproscopie : une analyse de crottins réalisée par votre vétérinaire qui compte les œufs de parasites. Elle permet de traiter uniquement les chevaux excréteurs, au bon moment et avec la bonne molécule.
Vermifuger raisonné plutôt que systématique
Pendant des années, on a vermifugé tous les chevaux quatre fois par an, à date fixe. Cette pratique a favorisé l'apparition de résistances : certaines molécules ne fonctionnent presque plus dans certains élevages. La tendance actuelle est à la vermifugation ciblée :
- une à deux coproscopies par an pour identifier les chevaux qui excrètent le plus d'œufs ;
- un traitement adapté à la saison et aux parasites réellement présents ;
- une rotation réfléchie des familles de molécules, décidée avec le vétérinaire ;
- un traitement contre le ténia et les larves enkystées en fin d'automne.
Ramasser les crottins au pré une à deux fois par semaine réduit considérablement la pression parasitaire, souvent plus efficacement qu'un vermifuge supplémentaire. Les larves de strongles migrent des crottins vers l'herbe humide : moins de crottins, moins de larves ingérées.
L'hygiène du pré et de l'écurie
Le vermifuge ne fait pas tout. Évitez le surpâturage, qui force les chevaux à brouter près des zones de crottins, pratiquez si possible une rotation des parcelles et ne mettez jamais un cheval nouvellement arrivé au pré sans l'avoir vermifugé après coproscopie. À l'écurie, un curage régulier de la litière limite la réinfestation des jeunes chevaux.
Enfin, notez chaque vermifugation dans le carnet de santé de votre cheval : molécule, dose, date et poids estimé. C'est la seule façon de construire un historique fiable et d'éviter les doublons ou les oublis.
Quand vermifuger dans l'année ?
Le calendrier dépend du mode de vie du cheval, mais quelques repères font consensus. Au printemps, une coproscopie avant la mise à l'herbe permet de traiter les excréteurs avant qu'ils ne contaminent les parcelles. En été, on surveille surtout les jeunes chevaux, plus sensibles aux ascaris. À l'automne, après les premières gelées, un traitement couvrant le ténia et les larves enkystées de petits strongles prépare l'hiver sereinement. L'hiver, en revanche, est souvent une période calme sur le plan parasitaire pour un cheval au box : inutile de traiter par réflexe.
Les chevaux ne sont pas égaux face aux parasites : sur un même pré, 20 % des animaux excrètent généralement 80 % des œufs. Identifier ces forts excréteurs par l'analyse permet de concentrer les traitements sur eux et d'épargner les autres, ce qui ralentit l'apparition des résistances.
Bien administrer la seringue
Un vermifuge recraché est un vermifuge sous-dosé, et le sous-dosage est le meilleur allié des résistances. Avant l'administration, vérifiez que la bouche est vide de tout reste de foin, réglez la bague de la seringue sur le poids réel du cheval (mieux vaut l'estimer avec un ruban barymétrique qu'à l'œil), déposez la pâte bien au fond de la commissure des lèvres, puis maintenez la tête haute quelques secondes. Un cheval difficile s'habitue en s'entraînant hors traitement avec une seringue de compote : en quelques séances, le geste devient anodin.