Connaître le dos de son cheval : anatomie et fonctionnement
Ce n'est un secret pour personne, le dos correspond à la partie du corps située globalement entre les antérieurs et les postérieurs. C'est plus exactement la partie de la colonne vertébrale comprise entre le garrot et la queue, composée des vertèbres dorsales (18), lombaires (6) et coccygiennes (4 jusqu'à la base de la queue). Cette situation anatomique en fait une région particulièrement fragile, dépourvue de tout appui au sol, et assimilable à une corde attachée entre deux piquets…
De plus, la forme des vertèbres n'arrange rien, puisque, formée en « T » retourné, elles sont pourvue d'une « épine » pointant vers le haut, directement sous la peau si la musculature n'est pas suffisamment développée à cet endroit. Avant même que quiconque se mette en selle, le cheval a donc déjà toutes les raisons d'être inquiet pour son dos. Et les choses se gâtent encore quand vient à l'homme l'idée de s'assoire de tout son poids sur cette zone délicate…
Fonctionnement du dos et de la locomotion du cheval
Dans le déplacement naturel du cheval, le dos transmet aux antérieurs la force fournie par les postérieurs, qui en s'engageant sous les hanches, poussent la masse du cheval vers l'avant. Pour pouvoir jouer correctement son rôle, le dos doit donc être libre de toute contrainte, à la fois souple, musclé et décontracté. Or, ce déplacement naturel étant à la fois puissant et harmonieux, nous cherchons tous sans répit à le reproduire sous la selle. Mais la présence du cavalier sur les vertèbres lombaires vient fortement contrarier cette « biomécanique » pourtant bien rodée à l'état sauvage, modifiant par la même occasion l'équilibre du cheval et la qualité de ses allures… Il est donc de la responsabilité de ce cavalier « importun » d'aider le cheval à retrouver et conserver la souplesse et la force qui lui sont nécessaires pour se déplacer et le porter dans des conditions optimales de confort et d'harmonie, que ce soit en balade ou vers les podiums olympiques…
Précautions à prendre Au quotidien
Cette aide passe par une attention de tous les instants, y compris dans la vie courante du cheval et du cavalier. La première des choses à obtenir est la décontraction permanente de votre animal ; car comme pour les humains, un stress ou une tension excessive se manifeste fréquemment par une raideur qui se transforme très vite en « mal de dos » chronique. Cette décontraction passe par une confiance totale dans tous les échanges que vous avez avec votre animal. L'éthologie peut vous aider à établir et entretenir cette relation de confiance. Cela vous apprendra à vous comporter au quotidien, et à « trouver les boutons » pour que votre cheval s'abandonne sans réticence à la moindre de vos sollicitations. Un peu d'huile essentielle de lavande dans vos écuries et sur les harnachements et licols peut également aider les chevaux inquiets à se détendre..
* Particulièrement à la mauvaise saison, éliminez tout ce qui peut être source de contractions inutiles : douche sur le dos, courant d'air, couverture mouillée …
* Soyez attentif au froid ambiant, qui engourdi les muscles et rend les tendons cassants : veillez donc à ce que votre cheval, s'il est tondu, soit suffisamment couvert.
* Vous pouvez également demander à votre vétérinaire qu'il vous conseille un complément alimentaire à base d'harpagophytum ou d'arnica, ses deux plantes ayant des propriétés « relaxantes » pour les articulations et les muscles.
* Quelque soit votre motivation à affronter le froid et l'humidité, sortez votre cheval le plus souvent possible s'il vit en box, pour éviter que son dos s'engourdisse à ne rien faire… Au moins en liberté surveillée ou en longe deux fois par jour, c'est l'idéal pour la santé de ses vertèbres !
Le choix de la selle et du matériel
* Une selle légère s'impose, pour éviter de surcharger le dos du cheval en plus de votre propore poids...
* Attention au pincement du dos du cheval par la forme inadaptée de la selle ; vérifiez avant d'acheter votre selle, que le passage de garrot est suffisant, et qu'elle ne blessera pas le cheval, car les blessures de garrot, en plus d'être douloureuses, sont longues à cicatriser, rendent le cheval inmotable pendant un moment, et son toujours susceptibles de se rouvrir au moindre frottement...
* Utiliser TOUJOURS un amortisseur de dos : son rôle est d'absorber les vibrations provoquées par la frappe des sabots sur le sol, (et qui se transmettent sinon directement aux vertèbres) ou les acoups du cavalier déséquilibré qui tombe un peu lourdement sur le dos de son cheval. Un tapis de mouton ne suffit pas (il ne fera qu'absorber la transpiration) ; il faut une mousse ou une résine (silicone...) prévue pour aboserber les chocs.
* Quand vous travaillez votre cheval à la longe ou aux longues rênes, il faut placer un tapis épais et une mousse sous le surfaix, pour éviter que celui-ci appuie directement sur les vertèbres.
* Si vous êtes un adepte des chemises "nid abeille" , dont les alvéoles permettent de sécher le cheval qui a transpirer, choisissez un modèle avec un dos en tissu éponge, ainsi le dos du cheval sera gardé au chaud tout pendant qu'il sèche, même s'il y a du vent ou s'il fait froid...
La ferrure et les aplombs
Une ferrure mal adaptée est souvent à l'origine de mauvaises postures du cheval, à l'arrêt comme au travail, qui provoqueront immanquablement des dorsalgies, tout comme les humains peuvent avoir mal au dos s'ils portent longtemps ou souvent des chaussures trop petites... Des fers trop petits qui serrent trop les sabots, un applomb naturel trop brusquement corrigé par une ferrure orthopedique, un applomb naturellement défectueux non décelé, un parage trop fort qui rend les sabots douloureux, une mauvaise qualité de corne qui provoque des douleur quand le cheval marche... sont à surveiller avec attention. Ne lésinez pas sur la fréquence des visites de votre maréchal, et ne vous improvisez pas maréchal pour économiser quelques dizaines d'euros, vous pourriez installer chez votre ceval des défauts d'applombs, et donc des dorsalgies chroniques que vous regretterez toute sa vie...
Précautions à prendre Avant le travail
* Dés le pansage, pensez au dos de votre cheval : offrez-lui un massage avec un gant souple en caoutchouc, qui vous passerez doucement en cercle tout le long du dos, de part et d'autre de la colonne vertébrale mais jamais dessus. Insistez sur les lombaires et surtout le garrot, cela le détendra instantannément... Ne passez JAMAIS d'étrille sur les vertèbres, c'est trop agressif !
* S'il fait vraiment froid, vous pouvez remplir une bouillotte d'eau tiède, et la poser sur ses reins pendant que vous finissez le pansage, sa chaleur permettra de délasser cette zone très facilement contractée. L'alcool camphrée est également connue des sportifs pour réchauffer artificiellement les muscles et les préparer ainsi à l'effort (attention, cette substance est positive aux contrôles anti dopage en compétition) ; en hiver, certains cavaliers l'utilisent pour le dos du cheval qu'ils frictionnent d'un chiffon imbibé avant toute séance de travail. Faites attention cependant, car l'alcool n'est pas sans risque pour la peau, surtout si vous la passez là où la selle va ensuite créer des frottements.
* Une fois votre cheval prêt à être sellé, pensez toujours à la fragilité de son dos, et déposez la selle délicatement à sa place. Pensez évidemment à dégager le garrot afin que le tapis ou l'amortisseur n'appuie pas dessus ("dégarroter")
* Ne sanglez pas trop fort, juste ce qu'il faut pour que la selle tienne en place ; imaginez-vous au réveil, en train de vous serrez une ceinture autour de la taille, et vous comprendrez la nécessité de sangler progressivement… et ce conseil est d'autant plus valable pour le surfaix si vous préparez une séance de longe, car son étroitesse rend plus douloureux encore son effet sur les vertèbres.
* Mettez-lui un couvre reins, qui permettra aux muscles du dos de chauffer plus vite en début de travail. Enlevez-le après l'échauffement, mais remettez le à la fin de votre séance de travail, celà permet au dos du cheval de refroidir lentement, et d'être portégé du vent s'il y en a...
* Rejoignez le terrain de travail à pied, et faites quelques tours de carrière/manège toujours à pied, le temps que les muscles du cheval et les vôtre se « mettent au travail ». Ressangler ensuite, et mettez-vous en selle très doucement. N'ayez pas honte d'utiliser un tabouret pour vous hisser en selle, vous pourrez vous assoire plus délicatement...
* Pour certains chevaux qui ont le dos sensible, il ne faut pas hésiter à longer avant même de seller, ou au moins avant de monter ; une dizaine de tours au pas et au trot à chaque main suffiront à préparer le dos à accepter la selle... et le cavalier !
Précautions à prendre Pendant le travail
Chez le cheval de selle comme d'attelage, la pathologie la plus fréquente est celle du dos. Il faut évidemment la traiter quand elle apparaît, mais surtout éviter qu'elle apparaisse par un travail adapté...
* Pour les jeunes chevaux en début d'apprentissage, utilisez au maximum le travail à pied : longe, barre au sol dans un couloir, longues rênes, travail en main, liberté... celà lui permettra de prendre d'abord de la force dans le dos avant d'avoir à supporter votre poids, si léger soit-il... Pour tous les chevaux, alterner des séances montées et à pied est excellent pour le dos... et le moral ! de plus, celà vous permettra de surveiller la locomotion de votre cheval "de visu".
* Quand vous montez, commencez par un travail au pas, rênes longues, sur de grands cercles sans contraindre le cheval par des incurvations excessives. En hiver, pendant tout le travail au pas, et même le début du trot, gardez le couvre reins. En cours de travail, n'hésitez pas à le remettre si vous devez rester immobile pendant un moment (attente en concours, communication téléphonique,…) pour éviter que les muscles refroidissent.
* Levez-vous vers l'avant quand le cheval urine, pour soulager le rein et la vessie qui se contractent. Quand vous partez en balade, levez-vous également dans les montées pour permettre aux postérieurs de s'engager et au lombaires de transmettre la propulsion au reste du corps...
* En ce qui concerne le travail en lui-même, il vous faut rechercher en permanence à muscler le dos du cheval pour qu'il puisse vous porter, et à l'assouplir pour qu'il puisse réaliser sans douleurs tout ce que vous lui demanderez. Ceci est particulièrement vrai pour le dos du jeune cheval, que l'on doit muscler en le relaxant, puisque, ne connaissant pas encore bien les demandes de son cavalier, le jeune cheval a naturellement tendance à se raidir à la moindre demande nouvelle ; il faudra donc être très attentif à sa décontraction, et démarrer le travail de musculation en douceur, au cours d'une séance mais aussi dans l'évolution de celles-ci au fil des jours.
* Beaucoup de chevaux souffrent de pincement au niveau des lombaires ; pour eux particulièrement, faites leur passer fréquemment des barres au sol au pas, et en longe, avec des distances un peu longues pour les obliger à s'étendre. En main, après une séance de longe ou de travail monté, vous pouvez également leur faire effectuer quelques pas de reculer, très lentement, pour permettre au bassin de s'abaisser et aux vertèbres de « s'étirer » pour éliminer le pincement. Répétez cet exercice plusieurs fois en l'alternant avec des arrêts et quelques foulées en avant.
Il serait trop long de détailler ici tous les exercices possible et la bonne façon de les réaliser, car ceux-ci dépendent de chaque cheval, de sa souplesse et son équilibre naturel, de son degré de dressage, de sa constitution, de sa morphologie, de son passé, de ses applmobs, etc… et feront l'objet d'articles à part entière ; sachez toutefois que le pire ennemi du dos est de travailler le cheval s'il a la tête en l'air (surtout s'il a le nez vers le haut), car alors le dos travaille en creux et ne se muscle pas. Quel que soit l'exercice que vous réalisez, il vaut mieux demander au cheval un travail intensif et court, alterné avec des périodes de repos, que de le laisser travailler longtemps dans une mauvaise attitude… Enfin, sachez que l'allure de musculation du dos est le galop, tandis que le trot applique des contraintes à la colonne sans agir sur la musculature. Pour les cavaliers "aguerris", Il vaut mieux privilégier le travail au galop pour travailler cette musculature dorsale, mais après un échauffement au pas d'une vingtaine de minutes au minimum... Enfin sachez qu'un dos long est naturellement souple mais difficile à muscler, tandis qu'un dos court a tendance à être plutôt facile à muscler, mais raide et doit être assoupli et étirer. Il vous faudra donc adapter le travail de votre cheval à sa morphologie.
Précautions à prendre Après le travail
* Une fois la séance de travail en carrière, manège ou balade terminée, prenez le temps de marcher au pas quelques minutes pour aider le cheval et ses muscles à se détendre, particulièrement au niveau du dos. Les cavaliers d'extérieur ont pour habitude, à la fin d'une randonnée, de descendre de cheval, de déserrer légèrement la sangle, et de parcourir le dernier kilomètre à pied, pour permettre à la selle de masser le dos du cheval. Vous pouvez en faire de même à la fin d'une balade ou d'un trotting, à condition que votre cheval soit bien éduqué à pied et ne risque pas de vous échapper
* Attendez si possible que le cheval soit sec pour le rentrer. Une fois que vous avez désellé, bouchonner le vigoureusement avec de la paille propre s'il a le poil mouillé, surtout en hiver. Il séchera plus vite et évitera de se raidir à cause du froid. S'il reste mouillé et qu'il fait froid, frictionner le avec un chiffon imbibé d'alcool à brûler, qui aidera artificiellement le poil à sécher. (attention aux mégots des fumeurs, qui de toute façon ne devraient pas fumer dans les écuries !!!)
* Si vous le pouvez, laissez le se rouler après travail dans endroit large : un rond de longe est idéal, car vous n'aurez pas à courrir loin pour rattraper votre cheval s'il a décidé de ne pas rentrer au box...
* Si vous savez votre cheval sensible du dos, ou que vous avez fait une séance particulièrment intensive (randonnée longue, trotting prolongé, travail sur un cross), vous pouvez donner à votre cheval de l'Arnica sous forme homéopathique : demandez conseil à votre vétérinaire pour le dosage et le mode d'administration.
Pour finir, ne lésinez pas sur les soins des pathologies du dos : à la moindre douleur anormale, zone de transpiration prononcée et localisée, bosse ou assymétrie des muscles, contacter votre vétérinaire. Il existe désormais une panoplie assez large de thérapies, soins, traitements, et médecines "douces", qui permettent de soulager un dos douloureux ou d'empêcher une dorsalgie de s'installer, il serait vraiment déloyal de votre part de ne pas en faire profiter votre cheval et de le laisser avec son "mal de dos" en étant fataliste pour lui... et si vous aussi, vous souffrez d'un mal de dos chronique, sachez que vous pouvez tout à fait le transmettre inconsciemment à votre cheval, par votre position, vos raideurs ou vos postures si vous ne vous faites pas soigner...









